L’intelligence artificielle peut-elle servir la recherche d’emploi?

La technologie est souvent synonyme d’avancées. À ce titre, elle est présentée comme un progrès qui impacte positivement le mode de vie des êtres humains.

Loin de l’imaginaire fantastique des robots qui s’imposeront à l’homme d’une manière violente, nous sommes arrivés à un point où les progrès technologiques permettent déjà, pour des tâches précises, d’améliorer les résultats produits à l’aide des capacités humaines.

À partir de là, peut-on en conclure que les produits de la technologie vont provoquer une révolution de la société toute entière ?

Non.

Du moins, pas au point où l’imagine la plupart des gens.

Dans cet article, j’ai pris la perspective d’une technologie au service des humains. Après avoir testé la solution Bob de Pôle Emploi, je m’intéresse aujourd’hui à ChatGPT dont le monde entier a entendu parler récemment.

À côté du produit en lui-même et de ses potentialités, j’ai cherché à comprendre le fonctionnement global car, comme nous le verrons, ChatGPT – contrairement à Bob – n’a pas été spécifiquement conçu pour répondre à la problématique de la recherche d’emploi.

Dans les lignes qui suivent, ce qui vous attend est tout d’abord une présentation de cette nouvelle solution ; de quoi parle-t-on exactement? comment parvient-elle techniquement à produire de tels résultats? J’effectuerai ensuite quelques tests que je commenterai. Pour terminer, je donnerai mon avis à partir les résultats observés.

La finalité ?

Évaluer l’intention de la société Open AI qui entend lancer un produit qui surpassera l’être humain dans la plupart des tâches que celui-ci est amené à faire aujourd’hui.

Dans le domaine de la recherche d’emploi en particulier, cette intention est-elle déjà réalité ou bien cela tient-il plutôt de l’effet d’annonce ? La finalité de cet article sera de démontrer concrètement ce qui est possible de faire avec l’intelligence artificielle devenue à présent « mainstream ».

Prenons les choses dans l’ordre…

Qu’est-ce que ChatGPT?

ChatGPT est une solution conçue par l’entreprise Open AI.

Lancée d’abord gratuitement dans sa version de test le 30 novembre 2022, ce prototype d’agent conversationnel (ou « chatbot ») entend devenir par la suite un produit commercial.

L’objectif déclaré d’Open AI est d’offrir à l’humanité, au travers de ses travaux de recherche & développement, une intelligence artificielle générale sûre et bénéfique.

ChatGPT est un prototype d’agent conversationnel utilisant l’intelligence artificielle développé par OpenAI et spécialisé dans le dialogue. L’agent conversationnel est un modèle de langage affiné à l’aide de techniques d’apprentissage supervisé et d’apprentissage par renforcement. Le modèle de base qui a été affiné est le modèle de langage GPT-3 d’OpenAI. 

Plusieurs notions sont avancées dans cette définition proposée par Wikipedia. Il faut dire que celles-ci restent abstraites malgré tout pour une large partie de la population. Pour commencer, je vais tenter une clarification des concepts centraux qui se trouvent dans cette définition afin de saisir, de manière générale, le fonctionnement du produit.  

Quelques précisions

ChatGPT est d’abord un agent conversationnel dévoilé au public sous la forme d’un prototype. 

Un « agent conversationnel », aussi connu sous le nom de chatbot, est un agent logiciel qui dialogue de manière automatique avec son utilisateur.

On apprend que ce prototype d’agent conversationnel utilise l’intelligence artificielle pour parvenir à formuler ses réponses. C’est d’abord un modèle de langage spécialisé dans le dialogue. Autrement dit, il s’agit d’un modèle statistique capable de reconnaître les structures du langage, de les reproduire et de les anticiper. De là découle l’impression d’un échange naturel avec la machine.

Ensuite, la définition donnée ci-dessus fait référence à deux techniques qui ont permis d’affiner le modèle : l’apprentissage supervisé et l’apprentissage par renforcement.

Plus qu’un simple chatbot, ChatGPT est un produit complexe mêlant des modèles et des techniques qui permettent de simuler l’intelligence humaine avec, rappelons-le, l’intention de la surpasser sur plusieurs aspects.

Le mythe de l’intelligence artificielle

Revenons sur un des mythes forts de notre temps porté par les médias et l’industrie cinématographique : celui d’une intelligence artificielle incarnée dans des machines qui finiront par prendre le dessus, souvent violemment, sur les êtres humains.

Dans cette partie, je vais tenter d’édulcorer cette conception en revenant sur l’expression la plus simple et essentielle de l’intelligence artificielle. Ce qu’elle est réellement.

Sous une première forme générale, l’intelligence artificielle (IA) n’est autre qu’un « ensemble des théories et des techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence « .

Cette première définition générale se décline en deux définitions plus spécifiques : l’IA forte et l’IA faible. Le premier type d’intelligence artificielle (parfois également appelée « IA complète ») renvoie à des machines réellement capables de simuler l’intelligence humaine sous ses différentes facettes (capacités d’apprentissage et de compréhension, capacités de raisonnement, conscience de soi, émotions,…).

Open AI parle d’une intelligence artificielle généralisée. Il faut entendre par là, toujours avec l’aide de Wikipedia, « tout système capable d’apprendre et d’effectuer n’importe quelle tâche qu’un humain serait capable de faire « . Deux particularités sont apportées par la société américaine :

  • Ces tâches seront tout travail (habituellement réalisé par des humains) porteur d’une valeur économique
  • Ces systèmes dépasseront l’être humain dans toutes ses tâches.

Parfois, comme il semble que ce soit le cas ici, l’IA généralisée est inclue dans la définition de l’intelligence artificielle forte, même si cette dernière semble aller beaucoup plus loin.

Le second type d’intelligence artificielle fait référence à un algorithme apprenant capable d’effectuer une tâche précise, parfois même avec plus d’efficacité que l’être humain. Cette définition porte plutôt sur un ou plusieurs aspects ciblés ; une tâche, un exercice, une problématique.

Avec ces précisions, il est difficile de classer clairement ChatGPT dans l’une de ces deux définitions.

L’apprentissage automatique ou « machine learning »

Il reste la notion d’apprentissage automatique (ou « machine learning ») à éclaircir pour comprendre toute l’étendue technique de la solution étudiée. ChatGPT intègre cette technique dans son fonctionnement.

L’apprentissage automatique est un sous-ensemble au sein de l’IA. Dans ce cas-ci, l’algorithme n’est pas spécifiquement programmé pour résoudre toutes les tâches qui lui sont soumises (il n’est pas expert d’un système ou domaine en particulier). Le but est de fournir des prédictions correctes sur des données non présentes dans l’ensemble d’apprentissage.

L’apprentissage supervisé et l’apprentissage par renforcement sont deux modalités d’apprentissage qui se distinguent par la manière dont le modèle apprend à partir des données.

Avec le lancement de ChatGPT, on peut dire que l’intelligence artificielle est désormais devenue incontournable et facilement accessible au grand public

Place aux tests

Après la théorie, faisons place à la pratique.

Pour le domaine de la recherche d’emploi, deux grands scénarios ont été testés. Ceux-ci intègrent chacun différents niveaux de complexité.

J’ai démarré avec une demande assez classique : j’ai demandé à ChatGPT de me fournir des outils de recherche d’emploi pour différents profils de fonction (Chauffeur d’autobus, Conseiller-e à la clientèle, Infirmier-e,…).

Ensuite, pour sortir du duo traditionnel CV/lettre de motivation, j’ai testé l’outil sur deux points plus précis : dans le premier cas, je voulais qu’il me recommande une méthode ciblée de prise de contact au travers « d’ambassadeurs ». Après quoi, je lui ai demandé des conseils pour réussir une négociation salariale.

1. Test sur les outils de recherche d’emploi

Pour le premier test, il est question d’un incontournable de la recherche d’emploi : à savoir les CVs et les lettres de motivation. Ce test a été réalisé sur différents profils de fonction. Je n’ai reproduit ici qu’un seul exemple par soucis de concision.

Suite à cette première demande, ChatGPT a généré instantanément un modèle de CV standard :

Le chat parvient sans aucun mal à proposer une structure de base tout à fait correcte pour un CV fictif. Il élabore une réponse à partir des paramètres que j’ai introduit. On peut voir le texte produit comme un premier brouillon.

Pour tous les métiers envisagés, la structure intègre à chaque fois une logique progressive tout à fait crédible. Ainsi, les CVs générés reprenaient notamment deux expériences professionnelles légèrement différentes, la plus récente en date étant aussi la plus proche du métier envisagé.

On remarquera que les formations et les compétences sont en lien direct avec les métiers. ChatGPT parvient à identifier les prérequis nécessaires (compétences métier, compétences comportementales, formations, atouts complémentaires) et à les transposer dans des outils fictifs.

Si on prend la peine d’introduire des paramètres plus précis sur un profil de candidat, on parvient à un résultat beaucoup plus proche de la réalité.

Il est possible d’affiner davantage en introduisant d’autres paramètres : mes expériences professionnelles complètes et leur durée, les tâches principales réalisées et mes compétences clés. Au cours d’une recherche d’emploi active, on peut très bien demander au chat d’adapter ses candidatures en fonction des offres d’emploi soumises.

Au travers de ce premier test, je n’ai pris que le cas le plus courant d’outils de recherche. Une application similaire peut toutefois s’appliquer à d’autres outils en ligne, tels que par exemple, la rédaction d’une présentation professionnelle sur Linkedin.

2. Test sur deux aspects ciblés

Pour ce second test, deux points essentiels de la recherche d’emploi ont été testés : une méthode de prise de contact au travers de personnes ressources ou « ambassadeurs » qui travaillent déjà dans l’entreprise ciblée et la négociation salariale en entretien.

J’ai donc commencé par demander au chat s’il connaissait une méthode pour trouver un emploi à l’aide d’ambassadeurs en poste au sein d’une entreprise :

Il est intéressant de noter qu’à un premier niveau de questionnement, ChatGPT dit connaître la méthode. Il est capable de situer celle-ci par rapport aux autres méthodes existantes et, si on lui demande, il peut même en dégager les avantages et les inconvénients. Par contre, sur le « comment faire ? », ses propos restent à ce stade assez généraux.

Il faut alors spécifier que je veux un plan d’action concret à mettre en œuvre :

Une méthode générale est donnée en plusieurs points dans un langage neutre et sans prise de position. ChatGPT ne prêche pas pour l’une ou l’autre méthode en particulier. On peut dès lors se demander si l’outil ne favorise pas, dans la formulation de ses réponses, les positions conservatrices dominantes.

Ensuite, sur la négociation salariale, j’ai poursuivi en demandant quelques conseils clés pour réussir à mener cette discussion au cours d’un entretien. Les conseils délivrés, bien que standards dans leur formulation, étaient valables pour un-e candidat-e désirant se préparer.

Ces conseils n’envisagent pas d’éléments contextuels, tel que le moment opportun pour aborder le sujet en entretien. Naturellement, je lui ai posé la question :

La question du timing est pourtant capitale pour entrer dans une discussion sur le salaire souhaité. Mal calibrée, cette discussion peut vite tomber à l’eau.

Mon avis sur base des tests

Je pense qu’une technologie aussi pointue que ChatGPT peut clairement venir en aide aux personnes en recherche d’emploi, ainsi qu’aux professionnels de l’insertion afin de les soutenir, par exemple, dans la préparation de leurs entretiens.

Ces deux publics y trouveront une source d’inspiration inestimable pour toutes sortes de modèles et canevas : CVs, lettres de motivation, conseils ciblés, modèles d’accompagnement et suggestions de pistes d’intervention pour ne citer que les situations testées.

L’outil testé n’a pas été spécifiquement conçu pour une application à la recherche d’emploi. On peut facilement imaginer toutes les potentialités si c’était le cas.

Personnellement, j’ai été frappé de constater la rapidité avec laquelle ChatGPT est capable de produire des réponses sur n’importe quelle thématique abordée. L’outil peut être challengé à peu près sur tous les cas de figures envisagés.

Les réponses données sont écrites dans un langage naturel et clair. Il y a une cohérence avec les échanges abordés précédemment et le tout est assez bien structuré. Pourtant, s’il démontre une faiblesse c’est bien sur la manière dont il s’exprime ; au travers d’un propos assez neutre, sans parti pris et je dirais même sans « saveur ».

L’illusion de l’intelligence

Il n’y pas de magie ; tout dépend en fait de celui qui pose la question. Des questions bateau mèneront à des réponses bateau. Il faut prendre le temps questionner, de préciser et d’adapter ses questions en fonction des réponses données jusque là. Les résultats exceptionnels viennent après un certain nombre d’allers-retours et pour autant que les différents éléments soient bien amenés.

En pratique, une limite importante peut se situer au niveau des informations réglementaires, légales et administratives ouvrant, par exemple, des droits sociaux pour lesquelles les réponses doivent être précises, claires et compréhensibles (par exemple, les conditions pour répondre à tel plan d’embauche ou pour obtenir certains services ou avantages).

Et pour cause : dans la version testée, ChatGPT n’est pas connecté au web en temps réel, ce qui pose un problème évident en termes d’actualisation de l’information. Sa connaissance se limite essentiellement aux évènements qui précèdent 2021.

Cela en fait une limite importante pour les cas pratiques exigeant une réponse à jour en temps réel.

L’entreprise Open AI met en garde quant aux réponses erronées et les biais qui pourraient surgir dans les réponses données. Elle recommande si c’est le cas, de signaler les erreurs via une fonctionnalité de feed-back disponible sur le site.

La machine a-t-elle surpassé l’être humain?

En définitive, la machine a bien surpassé l’être humain sur des tâches ciblées. Pourtant, là où l’un est capable d’agir avec autonomie et intelligence, l’autre ne le peut pas encore réellement. Dans le cas de ChatGPT, l’agent conversationnel répond à une demande introduite par un humain ; il produit une réponse à partir des paramètres introduits.

Les différents tests réalisés mettent en évidence l’apport ainsi que les limites de l’outil qui doit saisir l’intention exacte de celui qui interroge. Cette intention doit être exprimée dans des termes clairs, ce qui implique, de la part de l’utilisateur, des adaptations en cours de route.

La technologie ne remplacera pas la pratique humaine mais en constituera le support. Cette relation entre l’humain et la technologie change les choses ; en fait, elle bouleverse la manière dont certains métiers seront effectués.

D’une part, les machines – dont l’intelligence artificielle en est une bonne illustration – parviennent déjà à produire des résultats qualitatifs sur des tâches précises et qui sont, à l’échelle d’un humain, exigeantes en temps et en efforts parfois conséquents.

D’autre part, les humains pourront, à partir d’un panorama complet dégagé préalablement par les machines, utiliser leur temps et leur énergie pour s’attarder sur des points essentiels à forte valeur ajoutée. Autrement dit, ils pourront pleinement faire ce dont les humains qu’ils aident sont en droit d’attendre d’eux.

Dans le champs de la recherche d’emploi, de l’insertion et des services d’aide aux personnes en général, l’expertise de l’accompagnant sera renforcée à condition qu’il/elle s’approprie les outils existants, nécessaires à la création de valeur pour son public.

Quelques mots de conclusion

Beaucoup d’éléments ont été apportés dans cet article. Les différents scénarios nous a permis d’observer les potentialités de la solution ChatGPT pour le domaine de la recherche d’emploi.

Est-il performant ?

Sans nul doute, mais en tenant compte des limites exposées ci-dessus.

Peut-il venir en aide aux êtres humains ?

Cela me semble assez clair. C’est pourquoi je pense qu’il est nécessaire de garder les yeux ouverts sur l’évolution du service proposé par Open AI. Peut-être entrons-nous en ce moment dans une nouvelle ère pour la recherche d’informations sur le web où nous, utilisateurs particuliers ou professionnels, exigeront des résultats qualitatifs précis, obtenus rapidement et exprimés clairement.

Avec ChatGPT, notre façon de consommer l’information disponible est sans doute en train de changer.

Non, pour répondre à Open AI, je ne pense pas que la technologie ne remplacera l’humain dans toutes les tâches porteuses de valeur économique. La question inverse pourrait aussi être posée : l’être humain pourra-t-il remplacer la machine ? Pour sortir de toutes les situations de dépendance où finalement, l’on ne parviendrait plus à comprendre ce que la machine produit.

Car c’est aussi un des plus grands défauts de ChatGPT ; le manque de transparence de ses sources lorsqu’il répond à une question.

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