Un outil d’aide à l’insertion professionnelle (I)

Dans le prolongement de mon article sur « Ma vision du métier », j’ai voulu à nouveau écrire. Et cette fois-ci à propos d’un outil utile au travail d’accompagnement en insertion socio-professionnelle.

Une précision, avant de commencer, pour comprendre l’origine de la démarche : en août 2018, alors que j’arrivais en fin de contrat, j’ai pensé que le temps était venu de mettre sur papier une série de constats observés depuis le début de ma pratique professionnelle.

Le résultat fut une liste comportant différents sujets. Il était question d’accès à l’information, de formation des travailleurs, de comparaison et d’orientation vers l’offre de services existante,… Soit, avec le recul, des thématiques qui ont retenu toute mon attention ces derniers temps.

Parallèlement, j’ai rédigé une grille d’exploration des besoins qui a été soumise ensuite à quelques personnes de mon entourage. C’était une façon de m’enrichir d’autres visions, constats et opinions.

Avec ces premiers éléments réunis, j’avais pensé développer un début de solution axé sur la méthodologie en accompagnement à l’emploi. Sans réellement m’y consacrer entièrement.

Nous voici donc deux ans plus tard avec cette réflexion toujours en cours accompagnée d’une envie solide de créer de la valeur et de l’utilité. Dans cet article, j’ai choisi de vous présenter la solution méthodologique, partielle et temporaire, dans le sillage de la démarche évoquée.

Parties de l’article

  1. Présentation
  2. L’utilisation de l’outil
  3. Le choix des thématiques clés à travailler
  4. L’enchaînement des étapes au sein d’un parcours
  5. Un exemple de grille pour positionner sur l’outil (et les questions qui s’y rattachent)

Présentation

L’idée, en guise de point de départ, était d’agencer simplement, au sein d’un même outil, un ensemble d’actions existantes et coordonnées entre elles, bien souvent réparties entre plusieurs opérateurs compétents pour une ou plusieurs (parfois même l’ensemble des) parties.

(…) agencer simplement, au sein d’un même outil, un ensemble d’actions existantes et coordonnées entre elles (…) »

Ensuite, par souci de transparence, j’ai voulu rendre visible un travail qui, bien souvent, ne l’est pas. Que fait le travailleur lorsqu’il tapote sur son ordinateur en écoutant le chercheur d’emploi? Que cela soit au sein de l’administration publique ou au sein d’une asbl… À quoi réfléchit-il? À quoi réfléchit-elle? Quels sont les enjeux qu’il ou elle rencontre?

Un point de convergence : tous ces travailleurs et travailleuses – toutes structures confondues – œuvrent pour l’insertion professionnelle des publics rencontrés. À ce titre, il m’a donc semblé opportun de tenter d’apporter une contribution à la création de référents partagés. La finalité est commune à un ensemble d’opérateurs ; les pratiques diffèrent selon leur spécialisation. Je pense qu’il est néanmoins possible d’en extraire, au niveau méthodologique, un cadre de référence commun.

Enfin, la proposition ne vise pas à créer une nouvelle pratique mais à tenter d’intégrer des pratiques existantes au sein d’un même outil qui se veut à la fois support méthodologique et visuel.

Au départ de la réflexion : 3 questions essentielles

Dès le début de l’élaboration de cet outil, trois questions m’ont semblé essentielles à incorporer :

  • La question du « qui fait quoi? » dans les pratiques d’accompagnement en insertion socio-professionnelle
  • La question du positionnement des acteurs à l’œuvre dans ces accompagnements
  • La question du choix des ressources disponibles dans le paysage de l’insertion (et même au-delà).

➡ En résumé 💡

L’outil méthodologique proposé dans cet article est une séquence d’éléments agencés d’une certaine manière. Ces éléments sont des actions existantes coordonnées entre elles.


Nous verrons comment ces éléments s’organisent et pourquoi il a été procédé de la sorte. L’outil a été conçu, enfin, en tenant compte des trois questions citées ci-dessus. Il y ajoute la notion de parcours.

L’utilisation de l’outil

Une première utilisation est à un niveau individuel en permettant de situer une personne au sein d’un parcours vers l’emploi. Cette idée peut sembler évidente tant elle est simple. En réalité, un tel support fait souvent défaut.

Ensuite, une deuxième utilisation, qui découle en fait de la première, est de permettre d’envisager les étapes d’un accompagnement, qu’elles soient passées ou futures, en favorisant le recours à un support commun. Ce support rend possible la visualisation de la progression.

Lorsqu’on regarde de près ce premier schéma, on remarque qu’il inclut des phases qui peuvent être gérées tant en interne, au niveau d’une organisation, qu’en externe, au sein d’autres opérateurs. C’est ici une troisième utilisation, en lien avec le « réseau » d’acteurs à l’oeuvre au sein d’un même domaine. Exprimé autrement, il s’agit d’intégrer différents acteurs impliqués au sein d’une même stratégie d’insertion.

Cela étant, si on revient à l’individu, je pense qu’il est bon de se donner un outil visuel partagé avec la personne que l’on accompagne ; un tel support est à même de favoriser la rencontre des points de vue et la compréhension mutuelle vis-à-vis de ce qui est proposé.

Le choix des thématiques à travailler

Le choix d’un ensemble de thématiques « standard » s’est opéré sur base de mon expérience de travail en Mission Locale à Bruxelles et de mon occupation actuelle. Quelques lectures telles que des comptes-rendus, des études, des présentations m’ont également aidé à appréhender le cadre dans lequel j’évolue.

Pour l’essentiel cependant, les thématiques reprises ici sont tirées de l’observation de pratiques menées par les professionnels. Des pratiques, notamment, relevant des techniques de « recherche active d’emploi » ou d’actions de soutien et de re-mobilisation; de coaching, d’orientation vers des actions de formations, etc. Ces pratiques sont communes, pour beaucoup d’entre elles, à une variété d’organismes actives dans l’insertion.

« Un série d’actions menées par les professionnels, regroupées au sein de thématiques plus larges. »

Pour illustrer le propos, prenons l’image d’un ensemble ordonné de tiroirs qui peuvent tour à tour être déroulés pour laisser apparaître les actions incluses. L’agencement de ces thématiques suit affectivement un ordre progressif logique. D’un éclairage sur l’individu, on observe une ouverture, étapes après étapes, vers l’extérieur. J’y viens dans le point suivant.


➡ Deux exemples

Une action de type « bilan socioprofessionnel » peut être réalisée, en début de parcours, par différents opérateurs tels qu’Actiris dans le cadre, par exemple, des accompagnements individuels en antenne, les Missions Locales dans leur accueil des publics, les opérateurs « ARAE » (recherche active d’emploi) en première phase de formation de groupe,…

Ce premier exemple d’action peut se situer de manière plus large au sein d’une étape thématique que j’appelle sur le schéma : « Proposer de réfléchir sur soi, sur son expression et sa présentation pour gagner en estime personnelle et en efficacité ».

Un deuxième exemple peut être donné avec les actions de type « validation des compétences » – dispositif francophone dont il existe un équivalent en Flandre – qui sont gérées par les Centres de validation des compétences situés en Wallonie et à Bruxelles. Différentes actions sont réalisées en amont des épreuves de validation en tant que telles et ce par différents opérateurs (actions d’information, de préparation, de remise à niveau,…). Il est possible de situer cette action au sein de la thématique générale : « Suggérer une valorisation des acquis » .


Enfin, ces actions peuvent être entendues comme un ensemble de suggestions, de bonnes pratiques ou encore comme des étapes pour aboutir à un résultat. Leur utilisation ne se veut pas « mécanique » mais stratégique ; elle fera appel à un certain bon sens ainsi qu’à une adaptation permanente. De ce fait, elles n’ont pas été pensées comme étant toutes obligatoires.

L’enchaînement des étapes au sein d’un parcours

Telle qu’elle est représentée jusqu’ici, ma proposition offre un aperçu sous une forme linéaire. Mais la volonté n’est pas du tout de proposer un outil simplificateur, fermé et rigide. En effet, il serait risqué (et contre productif) de vouloir faire rentrer toutes les situations au sein d’un même moule. Tous logés à la même enseigne.

Une intégration progressive autorisant des aller-retour

Au contraire, le choix opéré ici a été de retenir un ensemble de thématiques assez générales pour qu’elles puissent être communes aux différentes parties impliquées dans la démarche. Cela sous l’aspect d’un ensemble cohérent, comme nous l’avons vu.

Quatre « temps » me sont venus à l’esprit lors de la construction de cette séquence. Je les appelle : « l’insertion », « la préparation », « la rencontre » et « le travail »

Les deux premières temps – « l’insertion » et « la préparation » – recouvrent plusieurs thématiques et actions du modèle, comme représenté dans le schéma n°2. Les deux autres sont à considérer comme une résultante des actions menées. Ainsi, les temps de la « rencontre » et du « travail » n’occupent pas une place en tant que tel puisqu’elles peuvent apparaître à n’importe quel stade du processus, selon les actions menées par chacune des parties et, singulièrement, par l’addition des deux.

Dans la pratique, l’enchaînement ne sera pas nécessairement linéaire et permettra des allers-retours entre étapes afin de favoriser les essais-erreurs ainsi qu’une intégration par l’expérience.


➡ Point méthodologique 💡

Comme je le disais plus haut, il existe une certaine logique à l’enchaînement des étapes ; partant d’abord de la demande exprimée par la personne, il s’agit d’en faire une analyse. On s’intéressera à la personne dans son ensemble et on veillera à découper les attentes en plusieurs petites démarches réalisables, selon le temps et les moyens à disposition.

On s’assurera ensuite des acquis et des savoir-être de la personne avant de l’aider à se confronter à son environnement grâce à différentes actions. Enfin, tout au long du processus, on aidera la personne accompagnée à produire du sens dans ses démarches, à réaliser les synthèses et à tirer les enseignements des actions menées.

Un cinquième « temps », qui ne sera pas non plus placé à un stade précis, peut être ajouté ici ; celui de « l’information » qui vient en appui à la réalisation des actions et à l’apprentissage par l’expérience.

Le schéma n°3 reprend le parcours tel qu’exposé jusqu’ici, déployé de manière linéaire. Nous verrons plus bas qu’il peut également être représenté en mode circulaire. Ici, notre schéma reprend les idées essentielles de chaque étapes incluant les actions spécifiques correspondantes (ligne 3) ainsi que les questions générales (ligne 2) se rapportant à chaque étape clé.

Un exemple de grille pour positionner sur l’outil (et les questions qui s’y rattachent)

Comment entrer dans le parcours?

Pour entrer dans une trajectoire, j’ai rassemblé une série de questions dont l’objectif est de positionner la personne à un « stade » du parcours (cfr. le point 2 de l’article). Il s’agit bien là d’un point de départ, non d’un point figé à tout jamais. L’idée, dans un deuxième temps, étant de favoriser une interaction dynamique entre ces différentes étapes (cfr. le point 4).

On peut appeler cette étape de questionnement la « réalisation d’un diagnostic », comme c’est le cas classiquement dans les démarches d’accompagnement.

Les réponses données donneront des indications sur le niveau de connaissance et l’état de la réflexion sur l’aspect envisagé, ce qui permettra d’établir des premières pistes de travail.

Et pour finir…

Dans cet article, j’ai présenté le contenu d’un outil méthodologique en insertion socio-professionnelle. Alliant plusieurs aspects tels que le service rendu aux chercheurs d’emploi, le positionnement des acteurs impliqués et la notion de parcours, j’ai voulu contribuer à la création d’un cadre de référence commun aux différents intervenants du secteur de l’insertion à Bruxelles.

La proposition s’inscrit dans une série d’articles à venir consacrés à ce sujet. Directement, je vois notamment l’intérêt d’adopter une représentation visuelle circulaire de l’outil.

En voici une première ébauche (en mode circulaire) :

Une première ébauche d’un schéma circulaire comportant deux temps : l’accueil et l’insertion/préparation

Pour terminer, voici deux ressources intéressantes pour aller plus loin.

  • L’une présente une méthodologie complète d’accompagnement : il s’agit de la méthode « Accompagner sur le chemin du travail » (du nom de l’ouvrage de référence)
  • L’autre détaille tous les dispositifs d’aide à l’emploi en Région bruxelloise : View.Brussels a réalisé un inventaire en 2017.

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